Le retour du mammouth laineux… à quel prix?

Par Matthieu Gallet

En 2015, le magazine Science a désigné la technique CRISPR-Cas9 (voir à la fin de l’article) comme la découverte capitale de l’année. CRISPR-Cas9 est un « ciseau génétique » qui permet de modifier l’ADN des végétaux, animaux ou humains. Il fonctionne sur le principe de la fonction « couper-coller » des logiciels de traitement de texte et permet de cibler une zone précise de l’ADN, de la couper et d’y insérer un gène. Concrètement, CRISPR-Cas9 se compose d’un ARN messager qui permet de déterminer la portion d’ADN à couper et d’un enzyme nommé Cas9 qui coupe les deux brins de l’ADN comme l’explique le schéma suivant :

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Figure 1 : modification d’une séquence ADN avec CRISPR-Cas9 (source : Alliance Vita)

Cette technique, extrêmement rapide et peu coûteuse à mettre en œuvre, a trouvé très rapidement de très nombreux domaines d’applications. L’application la plus évidente concerne la thérapie génique qui consiste à remplacer un gène déficient par un gène normal. Cette technique pourrait également permettre de créer des solutions en matières de santé publique. Elle pourrait notamment servir à éradiquer des espèces nuisibles, la stérilisation des moustiques vecteurs du paludisme, par inactivation des gènes liés à la fertilité, en est un exemple. Mais des applications beaucoup plus contestables sur le plan éthique pourraient également voir le jour, parmi elles, la production d’OGM, la création de nouvelles espèces végétales et animales ou le dopage génétique des sportifs.

Parmi les applications du CRISPR-Cas9, celle envisagée par l’équipe du Dr Church de l’université américaine d’Harvard est l’une des plus controversées. Ce projet dit de « désextinction » consiste principalement à faire « revivre » le mammouth laineux disparu il y a plus de 4 000 ans (à terme, ce projet pourrait aussi concerner d’autres espèces éteintes comme le dodo ou le pigeon voyageur). L’ambition ultime de ce projet est de réintroduire ce mammouth dans les plaines de Sibérie pour lutter contre le changement climatique. La fonte du permafrost qui recouvre 20 % de la surface terrestre et la libération massive de méthane et de CO2 (il y aurait 1 500 milliards de tonnes de gaz à effet de serre emprisonnés dans le permafrost) qui s’en suivraient constituent un gros risque d’aggravation du réchauffement climatique. La réintroduction de mammouths dans les plaines de Sibérie permettrait, d’après des études, de faire baisser la température des sols de près de 10°C et empêcherait ainsi la fonte de ce permafrost. En piétinant le sol enneigé, en creusant dans la neige pour accéder à la végétation et en arrachant les arbres, le mammouth ouvrirait des brèches dans le manteau neigeux et diminuerait son pouvoir isolant. Le sol au contact de l’air glacé resterait plus facilement gelé. Par ailleurs, ces mammouths en se nourrissant d’herbe morte nettoient le sol et permettent au soleil d’atteindre l’herbe fraiche dont les racines protègent le sol contre l’érosion. Ces scientifiques se fondent principalement sur cet argument climatique pour justifier cette « désextinction » du mammouth.

En avril 2015, une équipe de chercheurs a annoncé avoir quasiment reconstitué le génome du mammouth laineux à partir des dents et tissus mous de deux spécimens d’environ 40 000 ans découverts dans le nord de la Sibérie et sur l’île de Wrangel dans l’océan arctique. Cette découverte ouvre la voie au clonage du mammouth. Mais dans notre cas, il ne s’agit pas à proprement parler de réaliser un clonage, mais de procéder à la création d’un être hybride en s’appuyant sur ce génome quasi-complet. Pour réaliser cette hybridation, l’éléphant d’Asie, dont le génome est le plus proche de celui du mammouth, a été retenu. Grâce à la technique CRISPR-Cas9, des gênes de mammouth vont être introduits dans l’ADN d’un embryon d‘éléphant asiatique suivant la procédure suivante :

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Figure 2 : hybridation d’un éléphant et d’un mammouth avec la technique CRISPR-Cas9 (source : Sciences et Vie)

A ce jour, 14 gènes visant à adapter l’éléphant asiatique au climat de la Sibérie, où les températures peuvent descendre en deçà de -50°C, ont été retenus au sein de ce génome quasi-complet. Ces gènes ont donc été sélectionnés pour améliorer la capacité de l’éléphant à résister au froid et offrirons à l’éléphant une hémoglobine adaptée, une augmentation de sa graisse sous-cutanée, un développement de sa pilosité, une modification de la taille de ses oreilles… Au final, on obtiendra un éléphant « amélioré » auquel on aura adjoint les caractéristiques de résistance au froid du mammouth laineux. En tenant compte du temps pour développer l’embryon et de celui de la gestation, la première naissance d’un hybride est attendue d’ici 7 à 10 ans.

Les causes de l’extinction du mammouth laineux, il y a 4 000 ans, font encore l’objet de discussions entre les chercheurs. La chasse humaine, un changement climatique ou une combinaison des deux sont les raisons principalement évoquées. Lorsque l’on souhaite réanimer une espèce disparue, il faudrait au préalable se demander si les causes qui ont entrainé son extinction demeurent ou non. Dans le cas du mammouth, il semble que le réchauffement global en cours et le braconnage intensif des éléphants en Afrique et en Asie pourraient à nouveau anéantir cette espèce. De plus, ces espèces que l’on souhaite faire revivre ont vécu dans des écosystèmes qui pour la plupart ont disparu. On peut se demander alors si elles auront la capacité à s’intégrer à des écosystèmes qui ne correspondent plus nécessairement à leurs besoins et s’ils n’auront pas, comme les espèces invasives, un impact négatif sur leur environnement.

Cette idée de « désextinction », si elle venait à se populariser, pourrait avoir un effet néfaste pour la protection de la nature. Expliquer que les biotechnologies peuvent réparer les dégâts que l’homme inflige à la nature pourrait conduire à une démobilisation et une déresponsabilisation des individus. Cette mobilisation de chacun est plus que jamais nécessaire à l’heure de la 6ème extinction de masse. Quel sens y a-t-il à investir lourdement dans des démarches scientifiques visant à réanimer des espèces disparues alors que la protection des espèces existantes manque de moyens ? Quelle urgence y a-t-il à travailler sur la renaissance d’espèces disparues alors que les moyens et les solutions manquent pour protéger les espèces vivantes de l’extinction au travers de la lutte contre la destruction des habitats, le changement climatique et les espèces invasives ? Suivant les estimations, le nombre d’espèces vivantes aujourd’hui sur notre planète s’élève entre 10 et 80 millions. Nous en connaissons à ce jour moins de 2 millions et un grand nombre d’entre elles disparaitra avant même que nous les découvrions. L’urgence est ici.

Il semble absurde de vouloir ramener quelques créatures mortes à la vie alors que des millions d’entre elles doivent encore être découvertes, documentées et protégées. C’est une vision du progrès qui est en jeu, celle d’un homme qui doit décider de jouer ou non au « Créateur ». Celle d’un homme qui devra décider de protéger le vivant plutôt que ressusciter les morts.

La découverte de CRISPR-Cas9 

En 1987, des chercheurs japonais découvrent dans une bactérie, l’Escherichia coli, des courtes séquences d’ADN qui se répètent régulièrement le long de son génome et dont l’enchainement des bases (A, C, T et G) peut se lire dans les deux sens. Ces séquences sont baptisées CRISPR (pour en français Courtes Répétitions en Palindrome Regroupées et Régulièrement Espacées). En 2005, des chercheurs découvrent que ces séquences correspondent à des séquences ADN d’un virus et permettent aux bactéries de stocker au sein de leur génome la mémoire d’une infection par ce virus. Lorsque le virus est à nouveau en contact avec cette bactérie, la bactérie active cette « mémoire ». L’ADN viral est alors recopié en ARN Messager qui permet de cibler la séquence d’ADN viral du virus et s’associe à un enzyme nommé Cas9 qui inactive, en le coupant, l’ADN viral. La bactérie se débarrasse ainsi du virus. Deux chercheuses, la française Emmanuelle Charpentier et l’américaine Jennifer Doudna, ont détourné ce mécanisme bactérien pour créer un outil servant à modifier le génome de n’importe quel être vivant en repérant, coupant et substituant une séquence ADN. L’instrumentalisation de cette réaction immunitaire bactérienne est considérée comme une des découvertes scientifiques les plus prometteuses de ces dernières années.

Espèces invasives : le combat est-il perdu ?

Par Susie Dalla-Foglia & Bastien Blervaque

Si l’on s’en tient à la définition proposée par l’Organisation des Nations Unies, les « espèces exotiques envahissantes » sont les végétaux et les animaux « introduits par l’Homme hors de leur aire de répartition naturelle, volontairement ou accidentellement et dont la propagation menace la biodiversité et peut avoir des impacts négatifs sur l’économie et/ou la santé ».

L’introduction d’espèces invasives dans un milieu résulte à l’origine d’un processus naturel spontané. Or, on estime aujourd’hui que l’action humaine, de manière volontaire ou involontaire, explique la totalité des nouvelles invasions. À titre d’exemple, dans l’archipel d’Hawaï, on recense chaque mois une nouvelle espèce, alors qu’avant l’arrivée de l’homme, elles ne s’y établissaient qu’au rythme d’environ une tous les dix mille ans.

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Figure 1 : Espèces introduites et envahissantes

Les causes d’introductions de nouvelles espèces par l’homme sont multiples. En premier lieu, nous retrouvons les introductions directes volontaires, qui résultent d’activités telles que la chasse, l’agriculture, la pêche ou encore le phénomène des nouveaux animaux de compagnie. Citons par exemple le cas du Dodo, oiseau endémique de l’Île Maurice, qui n’avait aucun prédateur avant l’arrivée des chiens et rats débarqués avec les colons. Son nid, construit à même le sol, était saccagé par ces animaux introduits par l’homme. Ce qui a entrainé son extinction moins d’un siècle après sa découverte.

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Figure 2 : Extinction du Dodo par des espèces invasives

Le second mode d’introduction, également volontaire, résulte cette fois d’un processus indirect, c’est-à-dire accidentel. En effet, la mondialisation, via les transports de biens, de personnes ou encore par le biais des eaux de ballastage des cargos, permet aux espèces de parcourir plus rapidement de plus grandes distances. C’est le cas du frelon asiatique, importé en France dans les années 2000 et dont l’expansion est d’environ 100 km par an. On estime que sur une période de 24h environ 10 000 espèces sont déplacées à la surface du globe.

La modification des habitats et des écosystèmes représente le dernier mode d’introduction, reposant sur des causes involontaires.  La création des canaux reliant deux mers (Panama et Suez) a par exemple favorisé la propagation de maladies et des espèces invasives. De même, l’extension des terres cultivées du fait de la monoculture, a eu pour conséquence de faire proliférer les insectes invasifs. Ces insectes, qui se nourrissaient initialement de plantes sauvages, se retrouvent contraints de s’installer dans les récoltes.

Aujourd’hui, la problématique principale que posent les espèces invasives est qu’elles n’ont pas de prédateurs ou de facteurs limitant sur le territoire qu’elles colonisent. Ces espèces représentent une des causes majeures de perte en biodiversité. Elles deviennent un enjeu d’autant plus important pour la France qu’elles se cumulent avec d’autres phénomènes tels que le réchauffement climatique ou le besoin croissant de nourrir les populations.

Les conséquences induites sur l’écosystème sont multiples : dégradation des milieux aquatiques et de la pêche, de l’agriculture, de la foresterie, ainsi que des impacts sur la santé humaine.

L’Union Internationale pour la Conservation de la Nature a publié une liste des espèces envahissantes les plus préoccupantes. Parmi elles, les algues introduites involontairement telles que la Caulerpa taxifolia ou l’Elodée du Canada, qui ont une prolifération incontrôlable. Ces algues provoquent des effets néfastes sur les milieux aquatiques en devenant toxiques pour la faune et la flore. Pire encore, en France, des espèces locales comme notre abeille mellifère se retrouvent menacées sur plusieurs fronts par de nouveaux prédateurs (dont le frelon asiatique). Parmi eux, l’acarien Varroa destructor, parasite mortel originaire d’Asie du Sud-Est. Apparu 1982, il a depuis colonisé la quasi-totalité du globe.

Le moustique tigre, porteur du virus Zika, représente quant à lui un véritable fléau pour la santé. Qualifié d’« urgence de santé publique de portée mondiale » par l’OMS, sa piqûre peut notamment entraîner la malformation des fœtus portés par les femmes enceintes. Seule une dizaine de cas ont été détectés en France, ce qui n’exclut pas pour autant le risque d’épidémie.

 Le tableau des espèces invasives

Figure 3 : Coûts d’espèces invasives en France (Sciences & Vie, oct.2015)

Outre les conséquences sur la biodiversité et la santé, une étude menée par Franck Courchand, écologue à l’université Paris-Sud et Frédérique Simard, entomologiste à l’Institut de Recherche et Développement, estime que les dégâts annuels causés par les insectes envahissants dans le monde s’élèvent à 69 milliards d’euros par an. Pour donner une échelle de référence, cela représente deux fois la facture énergétique française.

Sommes-nous donc devant un problème sans solutions ?

Malgré les dégâts engendrés, le tableau n’est pourtant pas aussi sombre qu’il n’y paraît. Alors que beaucoup de plantes introduites concurrencent les espèces autochtones et les font régresser ou disparaître, certaines se sont acclimatées sans porter atteinte à leur nouveau milieu et aux espèces présentes. Elles ont donc enrichi la biodiversité locale.

Par ailleurs, la lutte biologique, qui vise à limiter les populations d’un ravageur exotique indésirable en introduisant un ennemi naturel semble prometteuse pour diminuer l’utilisation des pesticides.

De nombreux programmes soutenus par des organismes tels que le Programme des Nations Unies pour l’Environnement et l’UNESCO ont ainsi vu le jour. C’est le cas du Programme Mondial sur les espèces (GISP). Son objectif est de rassembler le maximum d’informations pour une stratégie mondiale de lutte contre les espèces exotiques envahissantes. Les Etats-Unis ont quant à eux instauré une unité spéciale de lutte intensive par les produits chimiques. Ce qui pose d’autres problèmes sur les écosystèmes et interroge sur les intérêts des géants américains de l’agrochimie, tels que Monsanto, en leur offrant l’occasion d’inonder le marché de pesticides.

Afin de limiter au maximum ce phénomène dans le futur, il est primordial que la prévention passe avant tout par la communication et la sensibilisation. C’est le cas du programme de surveillance DAISIE (Delivering Alien Invasive Species In Europe) qui a inventorié ces espèces pour évaluer le risque qu’elles représentent afin de lever des alertes au plus tôt.

Enfin, n’oublions qu’Homo sapiens pourrait lui-même être considéré comme l’espèce invasive la plus significative au regard de sa démographie exponentielle et de ses impacts sur l’environnement. Aussi certainement qu’il a complexifié les écosystèmes, il appartient à l’Homme d’engager des moyens de prévention et de lutte durables contre ces fléaux.

Quelle est la place de la COP 21 à la veille de la COP 22 ?

Par Thibault Labarthe

La COP 21, ou 21ème « Conférence Des Parties » s’est déroulée à Paris du 30 Novembre au 12 Décembre 2015. Elle a abouti à un accord sur le climat : l’Accord de Paris). La ratification de ce texte par l’Union Européenne a permis son entrée en vigueur le 5 octobre 2016. Cette Conférence des Parties prend place dans le processus amorcé par la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC).

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 1. Le contexte des négociations climatiques internationales

Comprendre le contenu de l’Accord de Paris et comprendre sa valeur normative nécessite avant tout sa contextualisation. Il est donc nécessaire de savoir ce qu’est une COP et dans quoi s’inscrit cette 21ème version. A l’échelle internationale, une Convention-Cadre est une convention qui énonce des principes servant de base aux États parties. Ces derniers vont alors conclure des protocoles et des accords qui préciseront les modalités de la coopération. Ces protocoles et accords sont des traités à part entière mais en lien avec la Convention-Cadre. On comprend donc que, pour pouvoir être partie au protocole, l’État doit avoir préalablement ratifié la convention.

L’Accord de Paris a été déployé à partir de la Convention-Cadre de Rio de 1992, également appelée Sommet de la Terre ou Conférence des Nations Unies sur l’Environnement et le Développement. Après sa ratification par 50 États, la convention est entrée en vigueur le 21 mars 1994 et la 1ère COP a eu lieu à Berlin en 1995. La machine est alors lancée, et chaque année, les pays signataires du Sommet de la Terre se réunissent pour trouver des solutions concrètes pour lutter contre le changement climatique.

Mais alors, comment rend-on applicable les accords ou protocoles d’une COP ? En d’autres termes, quels sont leurs processus de mise en œuvre ? Cela renvoie à des questions d’ordre juridique,  nécessaires pour comprendre la valeur normative d’un traité international, relatives par exemple aux processus de signature, de ratification et d’entrée en vigueur de ces accords et protocoles.

Remontons le courant de l’application d’un texte juridique à portée internationale pour comprendre le sens de ces trois termes. L’entrée en vigueur correspond tout simplement à la date à laquelle un texte normatif acquiert sa validité, c’est-à-dire lorsqu’il devient opposable. Pour entrer en vigueur, le texte doit bénéficier du consentement suffisant des États parties. C’est le processus de ratification. Selon une définition donnée par Dalloz, il s’agit de « l’acte par lequel un État assume l’engagement formel d’appliquer » une Convention internationale. La procédure de ratification d’un traité par un État n’est généralement que l’examen par le Parlement de cet État de la compatibilité de ce traité avec la législation nationale.

En amont de la procédure de ratification, puis de l’entrée en vigueur d’un texte international en droit national, vient la signature. Il ne s’agit que d’une approbation préliminaire qui ne lie certes pas l’État au traité mais qui l’engage, à tout le moins, à ne pas commettre d’actes contraires aux objectifs du traité.

Dès lors, il est tout à fait possible d’envisager qu’un traité ou qu’un accord international signé par l’ensemble des États parties à sa rédaction ne soit pas applicable faute de ratifications suffisantes. Par exemple, le protocole de Kyoto visant à encadrer les émissions de CO2 a été signé en 1997. Mais pour entrer en vigueur, au moins 55 pays devaient le ratifier. Il aura fallu attendre 5 ans pour obtenir le nombre de ratifications suffisant pour le voir entrer en vigueur!

L’Accord de Paris, adopté en décembre 2015, devait être ratifié par au moins 55 États, couvrant 55% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Le premier seuil de 55 États a été franchi le 21 septembre 2016; le second le 5 octobre 2016 avec, notamment, sa ratification par l’Union Européenne. Son entrée en vigueur sera effective « le trentième jour qui suit la date […] de ratification par 55 Parties à la Convention-Cadre de Rio qui représentent au total au moins […] 55% du total des émissions mondiales de gaz à effet de serre ».

2. Quelle est la valeur des Accords de Paris ?

Pour la première fois à Paris, lors de la COP21, pays industrialisés et non-industrialisés sont tombés d’accord sur un texte juridique à portée internationale tout en reconnaissant les « responsabilités » différenciées de chacun. Il est ainsi appliqué « conformément à l’équité et au principe des responsabilités communes mais différenciées et des capacités respectives, eu égard aux contextes nationaux différents ».

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L’objectif de cet Accord est de répondre à la menace des changements climatiques tout en intégrant les enjeux de développement durable – à savoir, la conciliation entre le progrès économique et social et la préservation de l’environnement – et la lutte contre la pauvreté. Afin d’atteindre cet objectif, les États parties au Sommet de la Terre s’engagent notamment, à travers l’article 2, à :

  • Rester sous la barre des 2°C d’élévation de la température moyenne de la planète par rapport aux niveaux préindustriels, voire la limiter à 1,5°C,
  • Promouvoir la résilience et l’adaptabilité de nos modes de vie à ces changements climatiques tout en évitant de menacer la production alimentaire,
  • Adapter les flux financiers à ces deux premiers objectifs.

Néanmoins les États n’ont pas fixé de date à la mise en œuvre de ce premier objectif de limitation de l’élévation globale de la température, sinon qu’il est à long terme. La responsabilité commune mais différenciée des États parties est, à ce moment, engagée. En effet, l’Accord de Paris prévoit, dans un premier temps, de plafonner mondialement « les émissions de gaz à effet de serre dans les meilleurs délais ». Ce ne sera qu’au cours de la seconde moitié du siècle qu’il sera prévu d’opérer des réductions d’émission de gaz à effet de serre. Il faut comprendre par là que l’Accord prévoit, à partir de 2050, une réduction progressive et durable des énergies fossiles polluantes. C’est pour cette raison que, lors d’une intervention devant les commissions des affaires étrangères et de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire du Parlement européen le 29 octobre 2015, le président de la COP21, M. Fabius, disait déjà qu’il fallait parvenir à « un accord qui soit juridiquement contraignant et qui permette de limiter le réchauffement climatique d’ici 2100 à 2°C ».

En l’occurrence, l’Accord de Paris n’est pas à proprement dit contraignant car il n’engage pas les États à respecter des obligations susceptibles de faire l’objet de sanctions administratives ou judiciaires. En revanche, il met en place un certain nombre de dispositifs visant à assurer un cadre de transparence des engagements pris par les États. Dès lors, et dans ce cadre de transparence prévu à l’article 13, il est prévu que les États parties fournissent des informations parmi lesquelles nous pouvons retrouver :

  • Un rapport national d’inventaire des émissions anthropiques de gaz à effet de serre,
  • Des informations nécessaires au suivi des progrès accomplis dans le cadre des contributions nationales et internationales.

Pour assurer le respect de ces engagements, l’Accord de Paris propose un bilan mondial qui a pour objectif « d’évaluer les progrès collectifs accomplis dans la réalisation de l’objet du présent Accord et de ses buts à long terme ». Le premier bilan mondial est prévu pour 2023, et aura lieu tous les 5 ans par la suite. Les premiers résultats des solutions prévues par l’Accord de Paris -qui entrera en vigueur le 4 novembre 2016- seront notamment analysés lors de la COP 22 (à partir du 7 novembre 216). Cette dernière sera alors une étape essentielle pour l’assise durable de ces accords.

Cela dit, les Etats parties à l’Accord de Paris peuvent dès à présent le mettre en œuvre dans leur système réglementaire national. Par exemple, la France a déjà anticipé la problématique en publiant,  le 18 août 2015, au Journal Officiel de la République Française, la loi relative à la transition énergétique. Cette loi ambitieuse a notamment prévue, à l’article L.100-4 I. du code de l’énergie, de « réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40% entre 1990 et 2030 et de diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2050 ». Cependant, pour que cette loi puisse pleinement entrer en application, il est nécessaire de publier ses décrets d’application, qui tardent à venir…

Compte tenu des courts délais dont nous bénéficions pour inverser la vapeur du changement climatique, il est urgent de nous mettre au travail dès maintenant.

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Le braconnage du Rhinocéros dans le Kruger National Park (Afrique du Sud) – 3ème partie

Par Matthieu Gallet

Les solutions pour enrayer le braconnage des rhinocéros

En 2010, le Rhino Rescue Project (http://rhinorescueproject.org/) a lancé un programme pour protéger les rhinocéros qui repose sur une technique d’empoisonnement de la corne. La procédure consiste à y injecter un liquide composé d’un colorant indélébile rose et d’un antiparasitaire puissant visant à rendre impropre la corne à la consommation. La réserve communique publiquement ensuite sur cet empoisonnement pour décourager les braconniers. La réserve du Sabi Sand attenante au Kruger notamment a appliqué cette technique sur une centaine de ses pachydermes. Des doutes ont été émis sur ce procédé, car les braconniers pourraient tout simplement chercher à blanchir la poudre pour la vendre. Néanmoins, les résultats semblent prometteurs puisque, selon le Rhino Rescue Project, seulement 2 % des 230 rhinocéros à la corne empoisonnée ont été braconnés.

L’ONG Protect impliquée dans la défense des animaux a inventé un dispositif nommé RAPID (Real-time Anti Poaching Intelligence Device) pour lutter contre le braconnage. Ce dispositif mesure en permanence les battements de cœur du rhinocéros. Si les pulsations augmentent très rapidement ou si elles cessent brutalement, un signal est envoyé vers un satellite qui prévient une équipe de surveillance qui active alors une caméra insérée dans la corne de l’animal afin d’observer la scène. Si l’attaque de braconniers est avérée, les forces armées peuvent se rendre sur place rapidement grâce aux coordonnées GPS communiqués par le dispositif. Cette technologie doit encore être améliorée (la recharge des batteries par énergie solaire ou cinétique est encore à l’étude) et les impacts sur le comportement de l’animal encore examinés.

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Rrhinocéros noir (©Matthieu Gallet)

Dans un passage de son ouvrage Biomimétisme intitulé Des cornes pour le malheur des rhinocéros, Janine M. Benyus présente les travaux d’une équipe de deux chercheurs, Joe Daniel et Ann Van Orden. Ces deux chercheurs s’appuient sur le principe du biomimétisme, pour proposer la fabrication d’un fac-similé de corne : « Inonder le marché de cette corne, la définir comme un fac-similé et espérer amener les autres cultures à l’accepter est peut-être notre seule option. Ou plutôt, la seule option du rhinocéros ». A ce jour cette équipe n’a pas reçu de financement pour avancer sur ce projet, mais la startup américaine Pembient (http://signup.pembient.com/) qui opère dans le domaine de la bio-ingénierie œuvre également depuis quelques années dans ce sens. En mixant de la kératine (principale composant de la corne) et de l’ADN de rhinocéros, ils produisent une poudre qui est ensuite imprimée en 3D sous la forme d’une corne. Pembient promet une corne artificielle plus pure que l’original et au huitième de son prix. Si la tentative est noble, elle n’est cependant pas exempte de danger, puisqu’il est possible que le fait d’augmenter l’offre et diminuer les prix aboutisse finalement à une augmentation incontrôlée de la demande. Ce genre d’initiative scientifique peut aussi laisser penser que la corne a réellement une valeur médicinale ce qui va à contre-sens du message éducatif qu’il faudrait promouvoir. Par ailleurs, il est très probable qu’une riche minorité cherchera toujours à se procurer de la véritable corne pure et non un produit de synthèse. Enfin, des tentatives similaires pour protéger d’autres espèces ont déjà eu lieu. Par exemple, la création de substitut à la bile d’ours très prisée en Asie n’a amélioré le sort des ours que de façon insignifiante.

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Rhinocéros blancs (©Matthieu Gallet)

En mai 2016, un tribunal de Bloemfontein a levé le moratoire sur la vente en Afrique du Sud de corne de rhinocéros en vigueur depuis 2009. Cette décision fait suite aux demandes d’éleveurs (regroupés notamment au sein du Private Rhino Owners Association) qui estimaient que l’interdiction de la vente n’avait fait que renforcer le braconnage. Ces associations vont aujourd’hui plus loin en demandant la levée du moratoire sur la vente de corne de rhinocéros imposé au niveau international depuis 1977 par la Convention Internationale sur le Commerce des Espèces Menacées. Selon les partisans de ce commerce, il suffirait de satisfaire la demande en organisant l’offre commerciale et en alimentant la demande par la découpe des cornes de leurs animaux vivants (6 200 rhinocéros sont élevés dans 330 réserves privées) ou de celle des animaux morts de cause naturelle. Cette régulation du marché aurait pour effet de faire baisser drastiquement le prix des cornes et ainsi rendre le braconnage moins attractif car moins lucratif. Ils argumentent que le moratoire n’a en rien été bénéfique puisque depuis 1977 plus de 100 000 rhinocéros ont été braconnés et que près de 23 pays africains ont perdu toute leur population de rhinocéros. Les opposants à la levée du moratoire craignent que la légalisation du commerce aboutisse à l’augmentation de la demande et mécaniquement du braconnage.

Et le pangolin dans tout ça ?

Parce qu’ils sont beaux et majestueux, les médias et les ONG attirent prioritairement notre attention sur des animaux emblématiques comme le rhinocéros. Mais d’autres animaux meurent en silence victime du braconnage. C’est le cas notamment du pangolin, un fourmilier écailleux, qui est aujourd’hui le mammifère le plus menacé au monde par le braconnage. Le commerce de cet animal est interdit depuis 2000, mais sa viande et les supposées vertus médicinales de ses écailles en font un produit recherché. L’Union International de la Conservation de la Nature estime que les espèces de pangolins africains sont vulnérables à l’état sauvage. Ce n’est que fin septembre 2016 que la Convention Internationale sur le Commerce des Espèces Menacées a inscrit les pangolins à l’annexe I qui interdit le commerce des espèces menacées. Mais pour cet animal, il ne faut s’attendre à aucune débauche de moyen ou d’inventivité pour le sauver. Son tort ? Etre beaucoup moins beau et charismatique que les gros mammifères. Pourtant, son rôle dans la nature est primordial. Sa disparition empêchera la bonne régulation du nombre de fourmis et des termites et aboutira à une modification en profondeur des écosystèmes où il habite.

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Pangolin de Temminck (©Matthieu Gallet)

Le parti-pris de mettre en priorité les moyens sur la sauvegarde des espèces emblématiques les plus scrutées par le public sera probablement néfaste à long terme. Des espèces moins médiatisées, telles que les vautours et les pangolins évoqués ici, méritent tout autant notre attention et une aide importante pour le rôle primordial de régulateur qu’elles jouent dans la nature. C’est donc plus pour une stratégie de lutte globale contre le braconnage qu’il faudrait œuvrer et non pour la lutte contre le braconnage de telle ou telle espèce. Si certaines techniques décrites plus haut semblent prometteuses, elles ont notamment le gros inconvénient de dénaturer la nature pour la sauver. La lutte au sol et par des moyens aériens reste la solution la plus efficace à ce jour et elle doit permettre de débusquer tous les types de braconniers quelle que soit la nature de leur proie. Mais plutôt que de porter tous les moyens sur la lutte contre les symptômes du braconnage ne serait-il pas plus pertinent de chercher avec autant d’énergie à régler le problème à la source en changeant le comportement des consommateurs et des braconniers ? C’est probablement l’éducation des populations, par la connaissance de l’inefficacité de ces remèdes et du rôle précieux de ces espèces dans la nature, qui constituerait la solution la plus efficace. Mais attaquer le mal à la racine prendra du temps et ces animaux en manquent cruellement.

Le braconnage du Rhinocéros dans le Kruger National Park (Afrique du Sud) – 2ème partie

Par Matthieu Gallet

Les victimes collatérales du braconnage du rhinocéros

Malheureusement, les braconniers ne se limitent pas à tuer les seuls rhinocéros. Début mars 2016, une centaine de vautours, deux chacals et deux lions ont été retrouvés morts dans le Kruger. Après enquête, les rangers ont conclu qu’un éléphant, après avoir été tué d’une balle dans la tête et s’être fait prélever les cornes, avait été enduit de poison. Les charognards qui se sont nourris ensuite du cadavre ont donc été empoisonnés. Un empoisonnement similaire du corps d’un rhinocéros avait également été constaté en 2015 dans le parc.

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Lion en Afrique du Sud (©Matthieu Gallet)

Ces empoisonnements de cadavres visent très précisément les vautours, les autres animaux tués ne sont que des victimes collatérales sans importance aux yeux des braconniers. Habituellement, ces vautours sont tués par les braconniers dans le but de récupérer et de vendre leurs parties génitales aux guérisseurs traditionnels qui croient en leur pouvoir curatif. Mais dans le Kruger, les braconniers les tuent pour éviter d’être repérés.  En effet, les vautours ont appris que des hommes en armes circulant à pied dans la savane sont synonyme de la mort imminente d’un animal. Les animaux se réunissent alors et tournent dans le ciel en attendant la mise à mort et de pouvoir se nourrir sur le cadavre. Les rangers attentifs à ces phénomènes s’en servent pour repérer les braconniers.

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Vautours africains dans le parc national du Kruger (©Matthieu Gallet)

La disparition des vautours impacte toute la biodiversité tant leur rôle est primordial dans la nature. Tout d’abord, ils sont dotés d’un bec puissant et coupant qui leur permet d’ouvrir des cadavres à la peau dure donnant ainsi la possibilité à un grand nombre d’animaux de pouvoir se nourrir à leur tour. Ensuite, les vautours nettoient littéralement ces cadavres, ce qui empêche la prolifération de microbes nuisibles qui apparaissent lorsque l’on laisse un corps se décomposer. A ce jour, selon l’Union Internationale de la Conservation de la Nature, 6 des 11 espèces de vautours d’Afrique sont menacées d’extinction. Leur raréfaction puis leur disparition aura sans nul doute des conséquences dramatiques pour la biodiversité.

Les solutions pour enrayer le braconnage des rhinocéros

La principale solution employée dans le Kruger est la surveillance par des patrouilles de rangers armés. Depuis avril 2011, l’armée a également été déployée dans le parc et plus précisément le long de la frontière du Mozambique qui est extrêmement poreuse. Cette frontière sépare notamment les parcs du Kruger et du Limpopo sur plus de 200 km. Aucune barrière ne matérialise cette séparation. Les rhinocéros du parc du Limpopo étaient environ 300 au début des années 2000. Aucun n’a été aperçu depuis 2013. Ils ont été probablement tous massacrés avec la complicité des rangers locaux. Dans le Kruger, les militaires livrent une véritable guerre aux braconniers. De nombreux braconniers sont ainsi tués chaque année (on dénombre près de 300 braconniers mozambicains tués depuis 2008). Ce déploiement de forces armées, même s’il a probablement contribué à freiner l’hémorragie, n’est à lui seul pas suffisant pour une réserve de la taille de la Belgique et couverte de végétation.

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Frontière du parc Kruger et du parc Limpopo

En complément du déploiement d’hommes sur le terrain, le parc du Kruger souhaite se doter de drones pour assurer une surveillance aérienne. En début d’année, le parc a investi plus d’un million d’euros pour évaluer cette technologie. La revue Tropical Conservation Science estime qu’un drone affecté à la surveillance peut être aussi efficace qu’une cinquantaine de rangers sur le terrain. Grâce à des caméras HD et des capteurs thermiques, les drones peuvent repérer des braconniers nuit et jour. Et ce, pour un coût modéré puisque l’utilisation d’un drone reviendrait à 3 000 US € $ par semaine contre 50 000 US $ pour un dispositif aérien classique. Dans les parcs où les drones sont déjà utilisés, l’effet dissuasif semble fonctionner puisqu’on a constaté un recul du braconnage. La technique est prometteuse, mais elle n’est qu’un complément à une présence sur le terrain de forces armées qui devront toujours intervenir en cas de détection d’intrus.

rhinos drinking waterRhinocéros blancs dans parc national du Kruger (©Matthieu Gallet)

Pour protéger les rhinocéros, le ministère sud-africain de l’environnement a décidé d’en déplacer jusqu’à 500 du Kruger vers d’autres réserves en Afrique du Sud, en Namibie et au Botswana. Cette opération intitulée « Rhino without borders » visent à les déplacer vers des réserves plus facile à surveiller et où les braconniers sont moins présents pour le moment. Des solutions de déplacement encore plus radicales sont également envisagées. Un projet (http://theaustralianrhinoproject.org/) soutenu par les gouvernements australien et sud-africain vise à déplacer des rhinocéros vers l’Australie où il serait totalement en sécurité. Ainsi à partir de fin 2016 et sur une période de quatre années, 80 rhinocéros devraient être transférés en Australie. Mais cette stratégie est par nature limitée. Le coût de transport est exorbitant aussi ce ne seront qu’une partie infime des rhinocéros qui pourront être sauvés de cette manière.

Le ministère de l’environnement travaille également sur la possibilité de décorner les rhinocéros pour les protéger. Cette mesure n’a pas été mise en œuvre dans les parcs nationaux, mais elle est déjà appliquée dans de nombreuses réserves privées. Avant de déployer cette stratégie dans les parcs nationaux, le ministère attend les résultats d’une étude d’impact qui doit déterminer si le « décornage » affecte le comportement de l’animal et si le priver de cette arme de défense ne le met pas en danger dans un environnement hostile. Cette technique se heurte déjà à des limites. Ainsi, des braconnages sur des rhinocéros décornés ont eu lieu pour récupérer la base de la corne qu’il n’est pas possible d’extraire ou pour récupérer des cornes qui avaient commencé à repousser. Dans le parc national de Hwange au Zimbabwe, les rangers ont constaté que l’immense majorité des rhinocéros décornés avait été tués dans les 12 mois suivants.

rhino Rhinocéros blanc (©Matthieu Gallet)

Le braconnage du Rhinocéros dans le Kruger National Park (Afrique du Sud) – 1ère partie

Par Matthieu Gallet

Créée en 1898, la réserve animalière du Kruger est la plus connue et la plus grande d’Afrique du Sud. Elle se situe dans les régions du Limpopo et du Mpumangala au nord-est du pays et s’étend sur 350 km de long et 60 km de large couvrant ainsi 20 000 km². Divisé en 6 écosystèmes, le parc offre une très grande variété de paysages et abrite une biodiversité exceptionnelle. Ainsi, on y recense plus de 2 000 espèces de plantes, 53 de poissons, 34 d’amphibiens, 118 de reptiles, 517 d’oiseaux et 147 de mammifères. Le parc reçoit chaque année plus de 1,6 million de personnes attirées par la présence abondante du Big Five (léopard, lion, buffle, éléphant et le rhinocéros noir) et par son impressionnante population de rhinocéros blancs. 80 % de la population mondiale de rhinocéros (18 000 rhinocéros blancs et 2 000 rhinocéros noirs) réside en Afrique du Sud et à lui seul le Kruger en accueille la moitié.

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Situation du Kruger National Park

Cette population de rhinocéros est au cœur de toutes les préoccupations des dirigeants du parc. Ces animaux vieux de plus de 50 millions d’années sont aujourd’hui massivement braconnés pour leurs cornes. Cette corne alimente principalement les marchés chinois et vietnamien où la médecine traditionnelle leur prête des vertus curatives variées (elle ferait baisser la fièvre, stopper les saignements de nez, arrêter la progression des cancers, doper la libido…). Même si toutes les études démontrent qu’elle n’a aucune propriété médicinale réelle, le marché est en pleine explosion et le nombre de rhinocéros tués dans le Kruger augmente de façon dramatique (de plus de 9 000 % depuis 2007). Globalement, cette frénésie a fait chuter la population mondiale de rhinocéros de 98% en 40 ans. Aujourd’hui, 1 kg de corne se négocie aux alentours de 60 000 US $ (chaque corne pèse entre 2 et 5 kg).

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 Evolution du nombre de rhinocéros tués en Afrique du Sud

En 2015, pour la première fois depuis de longues années, le nombre de rhinocéros tués a diminué en Afrique du Sud et dans le Kruger. Si cette légère de baisse de 3,3 % est en apparence une bonne nouvelle, elle cache une réalité beaucoup plus sombre. Tout d’abord, cette baisse modérée se réalise à un niveau dramatiquement élevé qui n’est pas acceptable. Ensuite, si on considère l’ensemble de l’Afrique, l’année 2015 est la pire depuis le début du braconnage. Le braconnage s’est légèrement déplacé de l’Afrique du Sud vers des pays limitrophes. Le nombre de rhinocéros tués est passé de 24 à 80 en Namibie entre 2014 et 2015 et de 12 à plus de 50 au Zimbabwe. Globalement, la situation empire donc.

L’Union International de la Conservation de la Nature estime que le rhinocéros noir est « en danger critique », son risque d’extinction à l’état sauvage est extrêmement élevé. Le Rhinocéros blanc lui est classé à « quasiment menacé ». Il n’est donc pas encore en risque d’extinction, mais la situation pourrait évoluer très vite. La gestation du rhinocéros blanc dure 16 mois et il ne donne naissance qu’à un seul petit. Ils atteignent leur maturité sexuelle à 5 ans. Cette reproduction lente rend l’espèce très vulnérable. Il est donc probable que si le nombre d’animaux tués restent à un niveau aussi élevé, les naissances ne pourront plus compenser les morts et la voie de l’extinction sera alors ouverte. Des études récentes indiquent qu’avec une telle pression du braconnage, l’ensemble des rhinocéros à l’état sauvage aura disparu d’ici 10 ans.

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Rhinocéros blanc en Afrique du Sud (©Matthieu Gallet, instagram : eyes_wideopen)